Le Musée Gustave Moreau à Paris

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J’avais envie aujourd’hui de vous parler (enfin de vous reparler, parce que je vous l’avais déjà présenté succinctement ici) d’un musée que j’ai visité lors de mon séjour à Paris. Il s’agit du Musée national Gustave Moreau, la maison-musée dédiée au grand peintre du symbolisme français. Je vous emmène donc aujourd’hui dans le dédale de pièces de ce musée, vous me suivez ?

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Un peu d’histoire …

Le musée Gustave Moreau est situé dans le 9e arrondissement, au pied de la butte Montmartre. En 1852, le père du peintre, Louis Moreau, achète une maison dans ce quartier neuf. Il s’agit du numéro 14 de la rue de La Rochefoucauld. Paul Leprieur, dans sa monographie sur l’artiste [1], décrit la demeure comme un bâtiment d’apparence modeste, avec une mise un peu vieillotte. Gustave Moreau vit dans cette maison avec ses parents. Le troisième étage est aménagé en atelier. La question de l’avenir de son œuvre semble préoccuper assez tôt l’esprit de Moreau. En effet, déjà en 1962, on peut lire ces notes sous un de ses croquis :

Ce soir 24 décembre 1862. Je pense à ma mort et au sort de mes pauvres petits travaux et de toutes ces compositions que je prends la peine de réunir. Séparées, elles périssent ; prises ensemble, elles donnent un peu l’idée de ce que j’étais comme artiste et du milieu dans lequel je me plaisais à rêver.

En 1895, Gustave Moreau entreprend des travaux dans l’ancienne maison familiale. Ses parents sont décédés et il souhaite réaménager les étages supérieurs pour créer de grands espaces destinés à accueillir ses œuvres. L’idée de créer un musée a mûrit depuis longtemps, depuis ces quelques mots en bas d’une esquisse. Il a donc conservé auprès de lui une grande partie de ses peintures afin de les rassembler dans un seul espace : son musée !

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© (c) RMN-GP / René-Gabriel Ojéda (http://musee-moreau.fr)

L’architecte Albert Lafon est chargé des travaux : il transforme les deuxième et troisième étages en de vastes ateliers dont les hautes fenêtres, orientées au nord, confèrent une douce lumière indirecte aux grands espaces. Les salles du rez-de-chaussée conservent leurs proportions. Ces espaces étaient loués depuis les années 1880 et jusqu’au début du XIXe siècle au légataire universel de Gustave Moreau, Henri Rupp, qui avait aménagé les espaces desservis par un couloir en une chambre, un salon et une salle à manger, ainsi qu’une chambre noire, appelée ainsi car dépourvue de fenêtre. Quant au premier étage de la maison, il souhaite en faire un petit musée pour garder le souvenir des espaces dans lesquels il a vécu avec ses parents. Il réaménage de manière symbolique les différentes pièces en y replaçant le mobilier et les souvenirs de la vie familiale. Parallèlement à ces travaux, Gustave Moreau commence à faire le tri parmi ses très nombreux dessins et peintures. Non seulement il classe les œuvres, mais il les retravaille, les termine, les perfectionne sans cesse.

Gustave Moreau meurt en 1898, laissant son musée, son « grand œuvre » inachevé. C’est Henri Rupp qui est chargé de terminer les travaux de rénovations et l’accrochage des œuvres, en suivant scrupuleusement les indications laissées par Moreau. Voici un extrait du testament du peintre (10 septembre 1897) exprimant ses volontés concernant son musée et son œuvre :

Je lègue ma maison sise 14, rue de La Rochefoucauld, avec tout ce qu’elle contient : peintures, dessins, cartons, etc.,  travail de cinquante années, comme aussi ce que renferment dans ladite maison, les anciens appartements occupés jadis par mon père et ma mère, à l’Etat, […] à cette condition expresse de garder toujours – ce serait mon vœu le plus cher – ou au moins aussi longtemps que possible, cette  collection, en lui conservant son caractère d’ensemble qui permette toujours de constater la somme de travail et d’efforts de l’artiste pendant sa vie.

Le Musée national Gustave Moreau ouvre ses portes au public en 1903, soit cinq années seulement après la mort du maître.

[1] Paul Leprieur, Gustave Moreau et son Œuvre, Paris, Aux bureaux de l’Artiste, 1889.

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A la rencontre du peintre

Gustave Moreau nait le 6 avril 1826, à Paris. Il reçoit de son père, l’architecte Louis Moreau, une culture classique. En 1846, Gustave Moreau est admis à l’Ecole des Beaux-Arts, grâce à son apprentissage dans l’atelier du peintre néoclassique François-Edouard Picot, mais il quitte l’école trois ans plus tard. A cette époque, il se lie d’amitié avec Théodore Chassériau, qui était l’un des élèves d’Ingres. Il acquiert grâce à ces années de formation, une approche néo-classique du dessin, dans laquelle on sent l’influence de David, d’Ingres et de Chassériau.

Suite à son double échec au concours pour le prix de Rome, il décide d’effectuer par lui-même un voyage en Italie. D’octobre 1857 à septembre 1859, il découvre la culture artistique de Rome, Florence, Pise, Sienne, Venise et Naples. Il ramène des carnets remplis de copies d’après les grands maîtres italiens. Ce périple marquera toute son œuvre future.

A son retour à Paris, il se lie d’amitié avec Edgar Degas et Alexandrine Durieux qui restera, jusqu’à la mort de Moreau, le 18 avril 1898, « sa meilleure et unique amie ».

Gustave Moreau expose à plusieurs reprises au Salon officiel (1852, 1864, 1869, 1876 et 1880). Il présente également six peinture à l’Exposition universelle de Paris. En 1888, il est élu à l’Académie des Beaux-Arts où il enseigne entre 1892 et 1898. Tous les dimanches, Moreau reçoit ses élèves dans sa maison ainsi que plusieurs autres artistes.

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© (c) RMN-GP / René-Gabriel Ojéda (http://musee-moreau.fr/biographie)

Gustave Moreau est un érudit : il visite très régulièrement des expositions, notamment celles du Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, et consulte de nombreux recueils de gravures et de photographies. Il trouve l’inspiration pour ses œuvres dans de nombreuses sources : modèles antiques, gravures de la Renaissance, miniatures indiennes ou persanes, estames japonaises, … Les thèmes illustrés sont également très vastes, autant religieux que mythologiques.

Chez Gustave Moreau, la pratique du dessin se combine à celle de la couleur. Nombre de peintures sont réalisées à partir d’aplats colorés, de taches disposées hâtivement sur la toile. Le résultat se rapproche parfois même de l’abstrait. Puis, le peintre vient ajouter les silhouettes et les détails à l’aide d’un crayon ou d’un fusain. Le dessin et la couleur sont donc parfaitement complémentaires. Cette approche, tout a fait nouvelle pour l’époque, demande beaucoup de préparation. Un grand nombre de ses croquis, esquisses et dessins préparatoires ont d’ailleurs été conservés.

Ces différentes pratiques montrent bien la volonté de Gustave Moreau de s’émanciper de la tradition, autant technique et thématique pour proposer une nouvelle forme d’art. On mesure donc bien l’importance de cet artiste, que l’on a souvent rattaché au mouvement symboliste mais dont la pratique artistique se déploie bien au-delà, qui a également formé toute une génération d’artiste, tels Georges Rouault, Henri Matisse, Albert Marquet, Henri Charles Manguin et Edgar Maxence.

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Le musée aujourd’hui

Le musée national Gustave Moreau présente un grand intérêt, et ce à plusieurs niveaux. Tout d’abord parce qu’il ne s’agit pas d’une maison-musée reconstituée de manière postérieure à la vie de la personnalité, comme c’est souvent le cas pour ce type de musée. Il s’agit ici d’une volonté du peintre lui-même de concevoir un espace pour y rassembler et y présenter ses œuvres au public. Nous sommes donc ici en présence d’un cas tout particulier, puisque Gustave Moreau a créé son propre musée monographique ! De plus, ce qui est exceptionnel, c’est la manière dont l’artiste s’est investi dans ce projet en conservant, triant et classant ses œuvres, en les remaniant, les agrandissant, les améliorant. Il a conçu l’entièreté du musée, des travaux d’aménagements, à l’accrochage des œuvres, en passant par la conception du mobilier. L’intérêt du musée réside dans le fait que le génie de Moreau est toujours appréhendable lors de la visite puisque toutes ses volontés ont été respectées et que l’accrochage actuel correspond à celui pensé par le peintre.

Bien entendu, cette volonté de respecter l’accrochage de Gustave Moreau a certaines implications sur la visite du lieu. Par exemple, la cohérence dans la disposition des œuvres et de leur répartition dans les différentes salles reste parfois énigmatique pour le visiteur. Les œuvres présentées dans une même pièce n’ont pas forcément de lien évident entre elles. L’accrochage ne permet pas non plus de suivre une chronologie et donc de cerner une certaine évolution dans le travail de Moreau. Enfin, peu de place est accordée aux informations sur le peintre, sa vie, son travail, ses techniques, ses sources d’inspiration, …

En réalité, le génie de Gustave Moreau est appréhendable dans la qualité et la quantité des œuvres présentées. On se trouve devant un des panorama les plus complets de ce que peut être l’œuvre d’un artiste. Et Gustave Moreau était un artiste prolifique : 25 000 oeuvres sont exposées dans sa maison ! Mais comment exposer toutes ces œuvres dans les espaces, assez restreints de l’ancienne maison familiale ? Pour résoudre ce problème de place, l’artiste a conçu un ensemble de mobiliers avec un système de panneaux pivotants sur charnières ou de tiroirs amovibles. Ainsi, l’artiste pouvait disposer un grand nombre d’œuvres d’un espace assez restreint. Placards insérés dans les murs, meubles à petits panneaux sur charnières, meuble tournant à quatre face, placards à panneaux disposés sous les fenêtres ne demandent ainsi que notre curiosité pour être ouverts et nous révéler les trésors qu’ils recèlent.

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Dans ce musée, on est plongé dans l’univers du peintre et l’on se rend compte de son génie artistique : il traite de nombreux sujets différents, qu’il n’hésite pas à remanier et à s’approprier, il utilise un nombre incroyable de techniques différentes, il allie parfaitement l’art du dessin et celui de la couleur, il ne cesse de reprendre, de compléter et d’améliorer certaines de ces œuvres. Car on nous montre aussi des œuvres inachevées. C’est donc aussi le processus créatif qui s’offre a nos yeux.

En franchissant les portes de ce musées, on se laisse donc complètement emporter dans l’univers de Gustave Moreau. Les espaces d’exposition sont très diversifiés, des grands ateliers des étages supérieurs aux pièces de vie recomposées du premier étage, et d’une beauté exceptionnelle ! L’escalier en colimaçon qui mène au troisième étage de la maison est particulièrement magnifique ! J’ai été très impressionnée par la qualité et la diversité des oeuvres présentées. J’avais déjà vu des oeuvres de Gustave Moreau dans mes cours d’histoire de l’art mais pouvoir approcher autant d’oeuvres en un si petit espace est une expérience très particulière, que je vous recommande ! Comme toujours, rien ne vaut d’être réellement en face des oeuvres pour observer la technique et la touche d’un peintre…

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Pour en savoir plus sur le musée et sur Gustave Moreau :

Le site du musée : http://musee-moreau.fr

Informations pratiques :

Ouvert tous les jours sauf mardi
Lundi, mercredi, jeudi : de 10h à 12h45 et de 14h à 17h15
Vendredi, samedi, dimanche : de 10h à 17h15 sans interruption

Plein tarif : 6 €
Tarif réduit : 4 €
Gratuit pour les moins de 26 ans

Musée national Gustave Moreau
14 rue de La Rochefoucauld
75009 Paris

Quelques lectures :

Thierry CAZAUX et Geneviève LACAMBRE et al., La Maison-Musée de Gustave Moreau, Somogy Editions d’Art, 2015. 

Marie-Cécile FOREST, Gustave Moreau : L’homme aux figures de cire, Somogy Editions d’Art, 2010.

Marie-Cécile FOREST, Geneviève LACAMBRE, et al., Gustave Moreau, paysages de rêve, Réunion des Musées nationaux, 2004.


 

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