Harry Callahan – French Archives

Harry Callahan - Série "French Archives"

Dans la chapelle de l’ancien Carmel de Charleroi, le Musée de la Photographie nous a offert récemment un voyage dans la Provence des années 50. Les clichés en noir et blanc du photographe américain Harry Callahan déclinent la vie des ruelles provençales et offrent une riche palette lumineuse. Un travail d’une grande beauté formelle mis en valeur par une scénographie sobre et élégante.

Harry Callahan - Vue de l'exposition, Musée de la photographie à Charleroi
Harry Callahan, French Archives (1957-58), Vue de l’exposition au Musée de la photographie à Charleroi

Harry Callahan - Vue de l'exposition, Musée de la photographie à Charleroi   Harry Callahan - Vue de l'exposition, Musée de la photographie à Charleroi

L’ensemble photographique constitué par Harry Callahan sous le nom de French Archives a été donné par l’artiste à la Maison Européenne de la photographie à Paris. L’année passée, l’institution parisienne a exposé ces tirages originaux et c’est maintenant au tour du Musée de la Photographie à Charleroi de présenter cette série.

Harry Callahan est reconnu comme l’un des grands photographes américains du XXe siècle. En 1956, il reçoit une bourse de la fondation Graham. Le photographe décide alors de partir durent année en voyage en Europe avec sa femme et sa fille. Après un passage en Allemagne, il arrive en Provence. Là, séduit par le « pittoresque » des villages du sud de la France, il décide de s’installer à Aix-en-Provence. Il y restera un an, de septembre 1957 à juillet 1958.

Harry Callahan - Série "French Archives"
Harry Callahan, French Archives (1957-58)
Harry Callahan - Série "French Archives"
Harry Callahan, French Archives (1957-58) © The Estate of Harry Callahan / courtesy Pace/MacGill Gallery, New York Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris – Don de l’auteur

Le photographe capture Aix-en-Provence avec son regard d’américain. Cela se ressent parfois dans l’atmosphère des clichés. On retrouve dans cette série son attrait pour les lignes et les formes architecturales, déjà présentes dans son travail en Amérique.

Pour saisir la vie qui règne dans la petite ville provençale, Harry Callahan déambule dans la rue à la recherche de silhouettes qui se découpent sur les façades, de jeux géométriques créés par les fenêtres et les câbles électriques. Callahan poursuit aussi son travail sur les clairs-obscurs, sublimés ici par la lumière du Midi. Les taux d’exposition sont souvent contrastés d’un côté à l’autre de la ruelle, créant un tirage aux tonalités proches d’un négatif.

Harry Callahan - Série "French Archives"
Harry Callahan, French Archives (1957-58) © The Estate of Harry Callahan / courtesy Pace/MacGill Gallery, New York Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris – Don de l’auteur
Harry Callahan - Série "French Archives"
Harry Callahan, French Archives (1957-58) © The Estate of Harry Callahan / courtesy Pace/MacGill Gallery, New York Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris – Don de l’auteur

Callahan photographie la vie qui s’écoule dans les ruelles, qui surgit de l’ombre. Mais le photographe ne fait pas dans le romantisme ou dans le mélancolique. On peut noter qu’il garde une distance avec les personnages. Mais cette distance, qui peut sembler parfois froide, est contrebalancée par une spontanéité et une sensibilité tangible dans beaucoup de ses clichés.

Dans la seconde salle sont exposés des travaux plus intimes, notamment la série de photos de la femme du photographe, Eleanor. Celle-ci est un des sujets favoris de Harry Callahan. Toujours présente, elle est son modèle de prédilection. Il pose sur elle un regard tendre, perceptible à travers ses nombreux portraits. Dans la série French Archives, Callahan associe, par un processus de superposition, l’image du corps de sa femme au paysage provençal.

Harry Callahan - Série "French Archives"
Harry Callahan, French Archives (1957-58)
Harry Callahan - Série "French Archives"
Harry Callahan, French Archives (1957-58)

Quelques clichés tendent vers l’abstraction, notamment les photographies de paysages hivernaux, où les silhouettes brouillées des arbres et des hommes se découpent sur la blancheur de la neige. En face, comme en miroir, on découvre une série où l’ombre a envahit tout l’espace capturé. Cette obscurité profonde, pleine de matière, s’ouvre sur des points lumineux : des femmes souvent, un couple ici, un bout de ciel par là. Des compositions qui évoquent parfois une contexte scénique et qui ne sont pas sans rappeler les personnages que Watteau a peint, émergeant au milieu d’une nature dense et mystérieuse.

L’exposition French Archives montre bien les différents sujets de prédilection de Callahan, ainsi que ses différentes recherches formelles. Dans cette série réalisée dans un temps assez court (un an) apparait aussi la diversité de son travail, montrant la capacité du photographe à expérimenter et à se renouveler.

 

Pour en savoir plus :

L’exposition à la Maison Européenne de la Photographie

Un article très complet sur le travail de Harry Callahan

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