Eppur si muove, au MUDAM du Luxembourg

Ce samedi, je me suis rendue dans un musée que j’apprécie énormément : le Musée d’art moderne (MUDAM) à Luxembourg. L’exposition qui s’y tient actuellement s’intitule Eppur si muove (Et pourtant elle tourne)Elle a été qualifiée par Le Monde « de l’une des plus ambitieuses et des plus stimulantes de ces dernières années » (3. sept. 2015). Je ne pouvais donc pas rater cette exposition qui a été l’une des plus importantes dans le domaine culturel luxembourgeois en 2015.

J’ai déjà vu plusieurs expositions au MUDAM et à chaque fois que je suis fascinée par le lieu. L’architecture contemporaine, conçue par l’architecte Ieoh Mong Pei, qui a également conçu la pyramide du Louvre, s’intègre parfaitement au site de l’ancien fort Thüngen. Passé et présent se mêlent ainsi avec harmonie. Ce que j’apprécie particulièrement au MUDAM c’est la clarté des espaces d’exposition, leur ampleur et leurs ouvertures sur l’extérieur. La visite est ainsi très agréable ! Mais je reviendrai surement sur l’architecture de ce bâtiment exceptionnel dans un prochain article…

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L’exposition Eppur si muove a été conçue en collaboration avec le Musée des arts et métiers de Paris. L’exposition propose ainsi un espace partagé entre deux grandes collections, mais aussi entre deux domaines trop souvent séparés : l’art et la technique. Entre les murs du MUDAM se côtoient donc pour un temps artistes et inventeurs, créateurs et scientifiques, jusqu’à se confondre … Car les quelques 130 oeuvres d’artistes exposées révèlent toute l’expérimentation, la recherche et les connaissances techniques et scientifiques nécessaires à leur réalisation. Quant aux 70 objets prêtés par le Musée des arts et métiers, leur beauté et leur mise en forme rendent compte de la créativité des hommes scientifiques qui les ont fabriqués. S’ouvre ainsi un dialogue entre les oeuvres d’art et les oeuvres scientifiques, nous montrant à quel point le domaine de la science est une source d’inspiration essentielle pour certains artistes, et ce depuis plusieurs siècles.

L’exposition se déploie sur trois chapitres : « La Mesure du monde », « La Matière dévoilée », « Les inventions appliquées ». Le passage d’un chapitre à l’autre est très clair puisqu’ils sont chacun disposés sur un étage du musée. Chaque chapitre est ensuite subdivisé en plusieurs thématiques, une par salle. L’exposition aborde ainsi la mesure du temps et de l’espace, les jeux optiques et acoustiques, les manifestations de l’invisible, les productions mécaniques et électriques mais aussi toutes les inventions qui touchent le corps de l’homme et du vivant. Le nombre et la diversité des thématiques abordées ont de quoi séduire le plus grand monde. J’ai pour ma part beaucoup apprécié les oeuvres et objets de la section « La Mesure du monde », alors que le chapitre « La Matière dévoilée » m’a moins touchée, sans doute parce que c’est l’espace que j’ai visité en dernier et que la visite commençait un peu à tirer en longueur.

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En effet, beaucoup d’oeuvres nécessitent le lecture des panneaux explicatifs, présents pour chacune des pièces exposées, pour être comprises, que ce soit pour les objets scientifiques que, plus encore peut-être, pour les oeuvres artistiques. Si l’on comptabilise les quelques deux cents oeuvres et objets présentés, et autant de panneaux, il est donc impossible de s’attarder devant chaque oeuvre sous peine de faire une overdose ! Or, j’ai un profil de petite fourmi dans les musées : je veux tout voir et tout comprendre. J’ai donc dû être raisonnable pour que la visite reste agréable, et pour moi et pour mon amoureux qui m’accompagnait. Je suis donc ressortie très satisfaite de cette visite, qui est très riche et d’un grand intérêt, tant pour la qualité et le beauté des pièces présentées que pour les thématiques abordées. Mais j’ai quitté le MUDAM également un peu frustrée par la quantité d’informations présente, qu’il est quasiment impossible de couvrir en une seule visite. Si j’en avais la possibilité, je retournerais visiter une seconde fois cette exposition, essentiellement l’étage inférieur que j’ai parcouru un peu rapidement.

Voici maintenant une sélection des oeuvres qui m’ont le plus touchées, impressionnées ou intriguées :

Table pour le pendule de Léon Foucault, Sophie Krier, 2015

Table pour le pendule de Léon Foucault, Sophie Krier, 2015

Table pour le pendule de Léon Foucault, Sophie Krier, 2015

Point de départ mais également point central de l’exposition, cette installation se trouve dans le hall du musée. Les matériaux utilisés pour cette table de présentation du pendule de Foucault rappellent le rapport qu’entretient cet instrument avec la terre. Grâce à cette installation basée sur l’oscillation d’un pendule on nous démontre tout en beauté et en grâce que la terre tourne bel et bien, faisant écho à titre de l’exposition : Et pourtant elle tourne !

760 days, Katie Lewis, 2015

760 days, Katie Lewis

760 days, Katie Lewis

C’est pour moi l’oeuvre dont l’esthétique est la plus belle. J’aime beaucoup les oeuvres qui présentent une certaine fragilité, dans leur dispositif ou dans leur mise en forme, et qui révèle à la fois une certaine brutalité dans les matériaux travaillés. Ces centaines d’épingles plantées dans le mur révèlent à distance des formes aux densités variées.

Lantern, Francesco Tropa, 2011

Lantern, Francesco Tropa

Lantern, Francesco Tropa

Les deux mécanismes de projections distillent le temps : ils projettent sur le mur, en grand format, le rouage d’une montre et une goutte d’eau qui tombe. Deux manière d’appréhender et de mesurer le temps qui passe.

Fatamorgana Méta-Harmonie IV, Jean Tinguely, 1985

Fatamorgana Méta-Harmonie IV, Jean Tinguely

Jean Tinguely est connu pour ses installations mobiles et sonores. Il a crée cette grosse machine en utilisant des rouages et toutes sortent d’éléments récupérés dans une usine désaffectée. De temps en temps, elle se met en action comme un automate et propose aux visiteurs un concert de grincements, de chocs métalliques et de bruits industriels.

Untitled (1 tetrahedron + 1 cube + 1 octahedron = 1 dodecahedron), Attlia Csörgo, 2000

Untitled (1 tetrahedron + 1 cube + 1 octahedron = 1 dodecahedron), Attlia Csörgo

Untitled (1 tetrahedron + 1 cube + 1 octahedron = 1 dodecahedron), Attlia Csörgo

Cette oeuvre, présentée comme une sorte d’établi se met en mouvement lorsque l’on appuie sur un interrupteur. Des systèmes de poulies et de poids s’actionnent pour transformer les trois formes de départ, un tétraèdre, un cube et octaèdre. Les baguettes qui composent ces formes bougent lentement pour finir par s’assembler et former un dodécaèdre.

Miracolo Italiano, Damian Ortega, 2005

Miracolo Italiano, Damian Ortega   Miracolo Italiano, Damian Ortega

L’installation est formée de trois Vespa, qui sont déconstruites au fur et à mesure : trois séquences de décomposition du scooter italien. La dernière Vespa est entièrement démontée, et ses différentes parties suspendues dans les airs. Le résultat est étrange et ludique et ne manque pas de faire sourire…

Trophy, Conrad Shawcross, 2012

Trophy, Conrad Shawcross, 2012

Trophy est composée d’un bras articulé qui semble analyser un bois de cerf en lui tournant autour. Cette rencontre entre la nature et la technologie est surprenante. Cette oeuvre est à la fois emprunte de grâce et de mystère. Elle serait la réinterprétation de la toile du Titien, La mort d’Actéon, dans laquelle la déesse Diane change Actéon en cerf car il l’a surprise au bain.

Eppur si muove est donc une exposition extrêmement riche et bien conçue, qui plaira autant aux esprits scientifiques qu’aux amateurs d’art. Les objets insolites qui y sont présentés, qu’ils soient créés par des artistes ou des scientifiques, présentent de nombreux points communs, dont leur beauté, leur ingéniosité, et parfois même leur poésie. Car les artistes sont également des chercheurs, qui n’hésitent pas à basculer dans le domaine scientifique pour nous faire part de la manière dont ils comprennent et perçoivent les secrets de notre monde.


Infos pratiques : 

Eppur si muove, au MUDAM, Luxembourg

Jusqu’au 17 janvier 2016

Heures d’ouverture : 
Mercredi – Vendredi : 11h-20h
Samedi – Lundi : 11h-18h

Prix d’entrée : 
Adultes : 7€
< 26 ans & groupes (min. 15 personnes) : 5€
< 21 ans, étudiants < 26 ans, mercredi de 18h à 20h : gratuit

Mudam Luxembourg
Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean

3, Park Dräi Eechelen
L-1499 Luxembourg-Kirchberg

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