Du dessin et de la couleur au SMAK

Gand est une ville que j’ai découverte récemment. La Belgique a beau être un petit pays, je me rend compte qu’il y a beaucoup de belles villes, notamment en Flandres que je ne connais pas bien. Il y a un an, je n’avais jamais mis les pieds à Gand, qui est pourtant l’une des plus belles villes du pays. En avril dernier, je m’y suis donc promenée pour la première fois et ai découvert ses canaux, ses petites ruelles d’esprit moyenâgeux, sa cathédrale, ses jolies petites boutiques. J’y suis retournée le mois dernier, mais cette fois essentiellement pour découvrir le musée d’art contemporain de la ville, le SMAK. J’en avais entendu beaucoup de bien, et je savais que la programmation de ce musée était d’une grande qualité. Et bien je n’ai pas été déçue !

Trois expositions étaient présentées au moment de ma visite. L’exposition principale était Drawing. The Bottom Line, une exposition rassemblant le travail d’une cinquantaine d’artistes internationaux autour d’une thématique : le dessin. Au premier niveau se trouvait une seconde exposition, A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens, une présentation des travaux des deux artistes. Enfin, une salle du musée était occupée par le Wall Drawing Nr.36 de Sol Lewitt. Une visite très riche en découverte, autant au niveau quantitatif, mais surtout au niveau qualitatif. Je vous livre mes impressions sur cette première expérience au SMAK.

Du dessin, avec The Bottom Line.

10.10.15 – 31.01.16

Depuis toujours, le dessin est l’étape presque obligatoire avant la concrétisation d’une oeuvre d’art, en architecture, en peinture, en sculpture ou en gravure. Car le dessin désigne non seulement la technique mais aussi, et surtout, le dessein, c’est-à-dire le projet, l’idée, l’intention. Petit à petit, le dessin est devenu essentiel dans d’autres formes artistiques comme la mode, la bande dessinée ou le dessin animé. Cette pratique est souvent présentée comme une trace des recherches préalables à la réalisation d’une oeuvre.

Mais le dessin s’est parfois émancipé de ce statut de dessin préparatoire pour devenir une oeuvre à part entière, une fin en soi. Les artistes contemporains n’hésitent pas aujourd’hui à s’emparer du dessin pour s’exprimer en toute liberté. Le résultat de cette pratique, qui était traditionnellement en deux dimensions, prend alors des formes multiples et parfois inattendues. L’exposition comprend ainsi des vidéos, des installations, des performances, des dessins muraux ou des dessins sur des supports plus conventionnels comme la toile, le papier ou encore la photo. Esquisses, croquis, traces, schémas, constructions géométriques, lignes, taches, lettres et chiffres composent ainsi ces oeuvres d’une grande richesse formelle et technique.

Alors que la thématique de l’exposition pouvait faire penser à une certaine monotonie, on est stupéfait de la diversité des propositions artistiques et de leur présentation dans l’espace. Cette exposition dresse donc un panorama très intéressant de ce que le dessin peut offrir à l’heure actuelle comme possibilités artistiques, à travers 53 artistes provenant dans le monde entier.

The Bottom Line - Nikaulaus Gansterer
Nikaulaus Gansterer, Transpositionsmodel III, 2015.
The Bottom Line - Henrik Olesen
Henrik Olesen, Some illustrations to the life of Alan Turing, 2008.
The Bottom Line - Elly Strik
Elly Strik, dessins autour de Freuds Sofa.
The Bottom Line - Alexandre Singh
Alexandre Singh, Assembly instructions. The Pledge : Danny Rubin, 2012.
The Bottom Line - Salam Atta Sabri
Salam Atta Sabri, Letters from Baghdad, 2010-2015.
The Bottom Line - Mark Manders
Mark Manders, Silent Studio, 1989-2015.
The Bottom Line - Kemang Wa Lehulere
Kemang Wa Lehulere, Waiting and Waiting, 2013 ; Negotiation 1.1., 2014 ; Sketch for a situation, 2013.
The Bottom Line - Ellen Gallagher
Ellen Gallagher, Installation view, 2015.
The Bottom Line - Marc Nagtzaam
Marc Nagtzaam, Show (A variation of a work presented elsewhere, Brussels, 2014), 2015.

De la couleur, avec A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens.

31.10.15 – 14.02.16

Au printemps 2016, deux oeuvres d’art prendront place sur le Korenmarkt, une place dans le centre-ville de Gand. Les artistes sont Ayse Erkman, une artiste turque, et Ann Veronica Janssens, artiste belge d’origine britannique. Pour l’occasion, le SMAK a décidé de présenter les pratiques des deux plasticiennes.

Les deux artistes ont une pratique particulière de la sculpture. Avec leurs installations, elles cherchent à créer de nouvelles expériences sensorielles. Les oeuvres d’Ayse Erkman se basent essentiellement sur le contexte architectural, voire social, de l’espace dans lesquelles elles prennent place. Les installations d’Ann Veronica Janssens convoquent quant à elles la lumière, le son et la couleur. Les deux artistes nous proposent ainsi des oeuvres d’une grande beauté, très pures et simples, toujours empruntes de poésie.

Pour l’exposition au SMAK, les deux artistes ont regroupé des anciennes installations mais en ont également conçues de nouvelles. Chaque artiste se déploie dans des espaces séparés mais les relations entre les différentes salles sont évidentes, générant des liens entre les différentes oeuvres. Les installations simples, parfois minimalistes, jouent avec l’architecture du bâtiment et l’espace est agréablement laissé ouvert.

Livret du visiteur

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 1
Ayse Erkman, Itself, 2015.

Itself est constituée de milliers d’images récupérées sur Google image lorsque l’on inscrit dans la barre de recherche « Ayse Erkman ». Cette oeuvre dresse un portrait particulier de l’artiste et pose ainsi la question de l’identité et de l’image véhiculée par les médias et Internet.

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 2
Ayse Erkman, The House, 2015.

Avec cette installation, Ayse Erkman rend visible un aspect technique du musée qui est généralement relégué au second plan. En descendant les rampes de luminaires, cette infrastructure devient une oeuvre d’art. De plus, elle entre en confrontation avec le visiteur puisqu’on est obligé de se baisser pour traverser la salle et continuer la visite.

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 3
Ayse Erkman, Korenmarkt sculpture, 2015.

Cette frise métallique annonce le projet qu’Ayse Erkman a conçu pour le Korenmarkt. Elle a créé ces formes en s’inspirant des décorations qu’elle a vues sur des fenêtres d’immeubles situés dans le centre-ville de Gand.

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 5
Ann Veronica Janssens, Installation view.
A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 6
Ann Veronica Janssens, Untitled (blue glitters), 2015.
A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 11
Ann Veronica Janssens, Installation view.

Le sol d’une des salles de l’exposition est recouvert de paillettes bleues. Leur brillance varie en fonction de la position du spectateur. Cette oeuvre, blue glitters, génère une forte sensation d’attraction : on a envie de toucher et de jouer avec la matière. Ann Veronica Janssens a créé la forme de cette mare bleue en jetant des coups de pieds dans les paillettes réunies préalablement en montagne.

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 9
Ann Veronica Janssens, RR Lyrae, 2007-2014.

Ann Veronica Janssens aime créer des atmosphères à la limite du réel. Ici, sept spots jaunes créent une « sculpture de lumière » en forme d’étoile qui, additionnée à la brume qui emplit la salle, créent une ambiance proche de celle du spectacle.

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 12
Ann Veronica Janssens, Untitled (orange), 2010.

 

 

 

 

 

 

 

Ici, un cube de verre est rempli de paraffine liquide et de couleur. Les jeux de miroir et les couches colorées et transparentes créent un objet intriguant, autour duquel on tourne pour tenter de saisir le secret.

 

A. Ayse Erkman & Ann Veronica Janssens - 10
Ann Veronica Janssens, Magic Mirrors.

 

Magic Mirros est une série de sculptures réfléchissantes qui jouent avec la lumière. Chaque oeuvre est réalisée avec un plan coloré fragmenté pris entre deux panneaux transparents. Suivant notre position et la luminosité de la salle, les reflets changent et créent de jolis effets colorés.

Du dessin et de la couleur avec Wall Drawing Nr.36, de Sol Lewitt.

Sol Lewitt fait partie des plus grands artistes conceptuels. Ses oeuvres les plus connues sont certainement ses wall drawings, une série de dessins muraux monumentaux, réalisés par des collaborateurs en suivant les instructions précises laissées par Sol Lewitt. Le SMAK a acheté le Wall Drawing Nr.36 en 1976. Et pour la première fois depuis l’ouverture du musée, l’oeuvre murale est reproduite à grande échelle.

Wall Drawing Nr.36 - Sol Lewitt
Sol Lewitt: Wall Drawing Nr.36 / Intersecting Bands of four Colors (Black – Blue – Red – Yellow) from four Directions – 90 cm wide (symmetrically), 1970.
Wall Drawing Nr.36 - Sol Lewitt
Sol Lewitt, Wall Drawing Nr.36 / Intersecting Bands of four Colors (Black – Blue – Red – Yellow) from four Directions – 90 cm wide (symmetrically), 1970.

Infos pratiques :

http://smak.be/fr

Du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Entrée : 8€ / 2€ pour les moins de 26 ans

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