LifeLines – Le projet d’exposition en maquette

Couverture

Comme l’année passée, j’ai endossé le rôle de commissaire pour mon jury de fin d’année. Je termine actuellement mon master en design d’exposition (Masdex) à Arts² à Mons et cette exposition clôture ces deux années d’études. Je vous présente donc aujourd’hui ce projet qui m’a portée depuis plusieurs mois et que j’ai mené de bout en bout, de la sélection de la thématique et des oeuvres jusqu’au montage, en passant par la réalisation graphique des textes et du guide visiteur et par la création des fac simile et d’une maquette.

Les règles du jeu étaient un peu différentes que pour l’exposition Froissements que j’avais conçue pour mon jury de 2016. La première étape de l’exposition consistait cette fois en un projet en maquette, ce qui nous permettait de concevoir une déambulation à travers plusieurs salles. Il a fallu ensuite rejouer une partie de cette scénographie à échelle réelle, dans une salle de l’école. L’enjeu consistait alors en la sélection de quelques unes des oeuvres du projet maquette et de penser une nouvelle mise en espace, en adéquation avec le lieu d’exposition choisi.

Cet article est consacré à la première partie du projet, c’est-à-dire à l’élaboration de l’exposition en maquette. L’exposition, intitulée LifeLines, traite des rapports temporels qui existent entre l’homme et la nature. Voici en détails, les différentes étapes du projet.

Etape 1 : Maquette

J’ai choisi de travailler de manière fictive dans le Menil Collection, qui se situe à Houston, au Texas. The Menil Collection est un musée d’art conçu pour accueillir les oeuvres du couple de collectionneurs John et Dominique de Menil. Ce musée a été dessiné par l’architecte Renzo Piano et a été inauguré en 1987. Je ne l’ai jamais visité mais ce musée m’intéressait pour ses beaux volumes et surtout pour les deux jardins qui sont présents au sein même de l’architecture. Compte tenu de la thématique de mon exposition, je cherchais un lieu où l’interaction avec la nature est assez forte. La présence de ces deux espaces verts, visibles depuis les salles d’exposition, me semblait donc idéale, et m’offrait la possibilité de les exploiter différemment et de les inclure, comme vous le verrez, au sein même du parcours.

Vues du musée :

The Menil Collection - vue extérieure du musée
The Menil Collection – vue extérieure du musée (© Paul Hester, courtesy of RPBW)
The Menil Collection - Vue intérieure du musée
The Menil Collection – vue intérieure du musée (© Paul Hester)
The Menil Collection - vue intérieure du musée
The Menil Collection – vue intérieure du musée (© Paul Hester)
The Menil Collection - vue du jardin intérieur
The Menil Collection – vue intérieure du musée avec jardin (© Hickey & Robertson, courtesy of RPBW)

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Réalisation de la maquette :

Projet en maquette   

Réalisation de la maquette   Réalisation de la maquette

 

Note d’intention :

Cette exposition prend pour départ les réflexions de Giuseppe Penone sur les questions temporelles qui régissent les rapports entre l’homme et la nature. L’artiste, en observant sa place dans le monde, prend conscience qu’il est un être éphémère. La nature, quant à elle, malgré son apparente fragilité, est davantage pérenne. Giuseppe Penone aspire à concrétiser le rêve de mettre au même rythme l’homme et la nature, de les synchroniser. Grâce à son art, il crée des situations où l’homme n’est plus un obstacle à la nature, mais où il fusionne avec elle. Il aspire à accorder l’homme et la nature sur le même cadence.

Alors que notre monde va toujours plus vite, certains artistes ont la volonté de ralentir, de prendre le temps. Ils tentent d’éprouver la lente mais puissante croissance des éléments naturels et leurs gestes s’accordent alors aux rythmes de la nature.

L’exposition LifeLines réunit des œuvres dans lesquelles la ligne du temps de l’homme et celle de la nature s’entremêlent, se croisent, se rencontrent et s’éloignent sans cesse. Ces lignes temporelles créent ainsi un jeu complexe de rapports de force et d’interactions. Tantôt l’artiste et la nature travaillent en symbiose afin de créer une œuvre unique. Tantôt, c’est l’homme, dans son processus créatif, qui se laisse rattraper par la force constante de la nature. Dans tous les cas, il en résulte une œuvre originale, qui s’offre dans l’immédiateté ou la contemplation.

Plan et circulation :

Pour rendre la circulation plus fluide au sein de l’exposition, j’ai pris la liberté de condamner certaines portes, notamment celles qui donnent sur le couloir central du musée. Et comme il s’agit d’un projet idéal, j’ai également ménagé un accès entre plusieurs espaces internes (entre salle 1 et 2 et entre salle 4 et 5). Deux boîtes noires ont été construites dans la salle 5 pour répondre aux besoins de deux projections vidéos.

Plan et circulation de l'exposition
Plan des espaces d’exposition (orange) avec jardins (vert) et proposition de circulation

 

Corpus d’oeuvres :

Le corpus d’oeuvres de LifeLines s’est élaboré lentement au fil des mois, parallèlement à la réalisation de la maquette. Petit à petit, les oeuvres sélectionnées ont trouvé leur place dans la maquette. Voici donc comment je conçois la déambulation du visiteur dans les différentes salles, la succession des thématiques et la relation entre les oeuvres.

Pour davantage d’informations sur chacune des oeuvres présentes dans l’expo, voici en lien le dossier complet qui était à la disposition du jury. Chaque oeuvre y est présentée en détail et accompagnée d’illustrations : Dossier des artistes.

Espace 1 :

Wolfgang Laib - Pollen from Hazelnut

Dès son entrée dans l’exposition, le visiteur est confronté à une oeuvre forte. Par ses dimensions et l’expérience esthétique qu’elle propose, le tapis de pollen de Wolfgang Laib nécessite une salle à lui seul.

 

 

 

 

  • Wolfgang Laib, Pollen from Hazelnut, 2013

Espace 2 :

Dans cette seconde salle, le visiteur peut contempler la grande série de 140 dessins de Dove Allouche, qui s’étend sur l’entièreté du mur. Les oeuvres présentes ici abordent les questions d’instantanéité et de durabilité, de fragilité et de permanence. Les trichoptères d’Hubert Duprat, les patates de Giuseppe Penone ou encore la série photographique de Zoe Lenoard, traitent de la notion de contrainte, souvent donnée par l’homme, et de la réaction de la nature par rapport à cette contrainte.

  • Dove Allouche, Melanophila II, 2003-2008
  • Kim Sooja, A Laundry Woman – Yamuna River, India, 2000
  • Hubert Duprat, Tubes de trichoptères, 1980-1997
  • Giuseppe Penone, Patates, 1977
  • Zoe Leonard, Tree + Fence (série), 1998-1999

Oeuvres espace 2

Espace 3 :

Le visiteur pénètre ensuite dans un petit espace consacré plutôt à la thématique du temps dans sa dimension climatique. Le ciel est un élément en continuelle évolution, sur laquelle l’homme n’a aucune emprise. Pourtant, Mathieu Lehanneur, avec sa station météo, nous propose d’avoir toujours un jour d’avance sur le temps. Geneviève Cadieux met en parallèle, dans sa photographie aux grands formats, deux éléments éphémères et violents, l’un corporel, l’autre céleste. A ces traces répond celle, tout aussi temporaire, laissée par les pas de Richard Long.

  • Mathieu Lehanneur, Demain est un autre jour, 2012
  • Geneviève Cadieux, Le corps du ciel, 1992
  • Richard Long, A Line made by Walking, 1967

Oeuvres espace 3

 

Jardins :

J’ai décidé d’exploiter les deux jardins du musée chacun d’une manière différente. Le plus petit jardin est laissé tel quel, tel que vous le voyez sur l’illustration. C’est un espace de type jardin botanique avec des plantes exotiques. Là, c’est donc l’homme qui a sélectionné les espèces et qui a choisi leur emplacement. Pour prendre le contrepied de cette conception, l’autre jardin, le plus grand, serait, pour l’exposition, une commande passée à l’artiste autrichien Lois Weinberger. Celui-ci crée des oeuvres qu’il intitule Wilde Cube : ces sont des espaces délimités par des barreaux métalliques au sein desquels la nature est laissée totalement libre. Les plantes se développent ainsi de manière indépendante de la main de l’homme. Les deux espaces verts proposent ainsi un foisonnement comparable au premier abord, mais qui relève de deux conceptions très différentes de la nature.

  • Lois Weinberger, Wilde Cube, 1991-2011

Espace jardins

Espace 4 :

Penone - Il poursuivra sa croissance sauf en ce pointCette salle, qui relie deux espaces assez vastes de l’exposition,  est un des moments forts du parcours puisque le visiteur, grâce aux grandes baies vitrées, a une vue, sur les deux jardins en même temps. C’est donc là qu’il peut percevoir le mieux les différences de conception entre ces deux espaces verts.

Comme les jardins sont très présents visuellement dans cette salle, j’ai décidé de n’y placer qu’une seul oeuvre. Celle-ci est pourtant centrale dans le propos de l’exposition puisqu’elle résume bien les rapports de force qui peuvent exister entre un homme et la nature. Il s’agit du dessin préparatoire que Giuseppe Penone a réalisé pour le projet Il poursuivra sa croissance sauf en ce point. Cette oeuvre, avec son système de lignes créé par les cernes de l’arbre, a d’ailleurs inspiré le titre de l’exposition.

  • Giuseppe Penone, Il poursuivra sa croissance sauf en ce point (dessin préparatoire), 1968

Espace 5 :

Le dernier espace aborde toujours les rapports de temps entre l’homme et la nature, mais ici plutôt dans une dimension historique et culturelle. Les oeuvres présentées proposent des réflexions sur la nature comme construction mentale (Julius von Bismarck), sur les rituels liés à la nature qui sont toujours pratiqués par certaines cultures (Bae Bien-U, Jonathan de Andrade), ou encore sur l’utilisation du charbon comme matériau de mémoire (Ulrike Mohr).

L’exposition se clôture par une oeuvre immersive : la vidéo Travel de l’artiste belge David Claerbout. Elle plonge le spectateur tantôt dans une forêt sombre et mystérieuse, tantôt au-dessus de champs et de cultures. La musique qui accompagne les images numériques participe à l’atmosphère poignante.

  • Bas Bien-U, Sonamu Series, 2015
  • Jonathas de Andrade, O Peixe (Le Poisson), 2016
  • Giuseppe Penone, Etre Fleuve, 1981
  • Julius von Bismarck, Lanscape Painting (Desert), 2015
  • Ulrike Mohr, Slicing Time, 2016
  • David Claerbout, Travel, 1996-2013

Oeuvres espace 5 - 1

Oeuvres espace 5 - 2

 

Maquette finale :

Pour finir,  voici quelques vues de la maquette terminée, telle qu’elle a été présentée lors de mon jury.


On se retrouve dans le prochain article pour la deuxième phase du projet : l’exposition à échelle réelle.


Pour plus d’infos sur le master Masdex : http://blog.artsaucarre.be/design-exposition/

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