Escapade à Berlin – Ulrike Mohr

Ulrike Mohr, Slicing Time, 2016, détail.

A un moment où les rafales de neige avaient amené le découragement et presque le renoncement à pénétrer dans les galeries, où la soif d’un thé chaud avait presque surpassé l’envie de découvertes artistiques, une vitrine a réussi à faire naitre une lueur enthousiaste.

Passage de relai

Ulrike Mohr, Wechselraum, 2016
Ulrike Mohr, Wechselraum, 2016

Cette vitrine n’était pas celle d’une galerie, mais l’espace consacré aux projets de l’Association allemande des artistes, ou Deutsche Künstlerbund Projektraum. Cette association rassemble plus de 550 artistes reconnus et protège les intérêts de ses membres tout en respectant leurs oeuvres individuelles. Elle se veut un lieu vibrant de débat artistique et de discours critique. Son espace de projet à Berlin offre une plateforme attrayante pour la discussion des questions actuelles et des positions contemporaines.

Depuis le mois de novembre 2016, l’espace abrite des interventions artistiques toujours plus nombreuses, qui se croisent et s’entrelacent au fur et à mesure du déroulement de l’exposition. En effet, « wechselraum » est un projet collaboratif dans lequel des artistes sont invités à intervenir et donc à transformer la proposition préexistante. Le terme « wechselraum » est issu du domaine des courses de relai et fait référence à la zone dans laquelle le coureur passe le bâton à l’athlète suivant. Ici, les différents artistes sont intervenus successivement autour de l’oeuvre d’Ulrike Mohr, point de départ du projet.

L’oeuvre centrale est donc ce mobile gigantesque formé par des fragments de bois carbonisés et suspendus au plafond par des fils de nylon. Les artistes suivants se sont donc réappropriés le sujet du charbon de bois pour le décliner en différentes propositions. Le charbon devient ainsi médium pour dessiner, mais aussi symbole d’un temps qui passe, celui de l’exposition mais aussi celui de l’histoire naturelle. De là, la mesure du temps évoque également la mesure spatiale.

Un projet extrêmement riche, autant dans son concept que dans sa réalisation, car les propositions artistiques se répondent et créent de nouveaux référents esthétiques et sémantiques. La concrétisation est malheureusement difficile à appréhender autrement qu’in situ car aucune photographie de ce projet n’est autorisée.

Slicing Time

Vue de l'exposition Borderless Surface, We Gallery, Berlin
Vue de l’exposition Borderless Surface, We Gallery, Berlin

Deux rues plus loin, c’est la We Gallery qui présente également le travail de Ulrike Mohr. Ici, c’est un tronc entier qui est découpé et carbonisé. Les rondelles noires, suspendues dans l’espace, s’étendent ainsi sur 12 mètres de long. Dans cette installation aux allures minimalistes, Ulrike Mohr parvient, grâce à un étirement spatial, à évoquer une temporalité longue et éloignée. Car le charbon de bois possède une connotation temporelle forte, faisant référence aux végétations primitives qui s’accumulent par couches et se sédimentalisent.

Ces morceaux de bois pourraient être des objets trouvés, servant ainsi de témoignage d’un certain âge, celui qui précède l’oeuvre elle-même. Bien sûr, ces bois ont été carbonisés par l’artiste mais les lamelles noires possèdent toujours cette évocation temporelle. Témoignage du passé, cette oeuvre devient aussi témoignage pour l’avenir. Car grâce à la carbonisation, la forme de ces morceaux de bois est fixée : matériaux périssable, il devient impérissable. Le temps est ainsi suspendu, les cernes découverts permettant une lecture des âges, l’oeuvre devenant une relique d’un moment de vie particulier.

Ulrike Mohr, Slicing Time, 2016.
Ulrike Mohr, Slicing Time, 2016.

Quelques sites pour aller plus loin :

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