Daniel Buren : une fresque

Qui n’a jamais croisé, in situ ou en feuilletant un ouvrage, les célèbres bandes colorées de Daniel Buren ? En effet, ce sont ces bandes verticales de 8,7 cm de large qui caractérisent une grande partie de la pratique de l’artiste français. D’abord appliquées sur des toiles blanches, Daniel Buren pose à présent ses bandes colorées sur différents supports et intervient dans des institutions comme les musées ou les galeries, mais également en extérieur, directement sur le paysage et l’architecture. Il permet ainsi au spectateur d’appréhender d’une nouvelle manière le lieu où est intervenu Buren. Mais comment réaliser une exposition sur Daniel Buren alors que la plupart de ses oeuvres sont des travaux in situ ? C’est ce défi qu’a tenté de relever Bozar avec l’exposition Daniel Buren : une fresque.

Suite à cette invitation, Daniel Buren a réalisé une installation dans le hall du Bozar mais a aussi conçu tout le système de l’exposition. Ce qui pourrait donc apparaître comme une rétrospective du travail de Buren est en réalité une gigantesque fresque de tous les artistes qui ont inspiré et influencé Daniel Buren. C’est en réalité une double fresque que nous propose Buren : une fresque de ses inspirations, elles-mêmes présentées sous la forme d’une fresque aux bandes verticales. J’ai trouvé ce concept très intéressant puisqu’il permettait de ne pas proposer au public une rétrospective classique, qui était de toute manière impossible à mettre en place avec les oeuvres in situ de Buren. Le fait que ce soit Buren lui-même qui ait sélectionné les oeuvres et conçu tout le dispositif de cette fresque ajoute de la valeur à l’exposition. J’étais donc curieuse de découvrir cette gigantesque expo-installation au Bozar.

Daniel Buren : une fresque - 1

Malheureusement, dans la pratique, la visite s’est avérée plus complexe… Après avoir payé mon billet, j’ai pénétré dans le grand hall du musée. Là, il m’a fallu un certain temps pour comprendre que le lieu avait été investi par Buren. Les colonnes sont habillées de bandes dorées. Les marches de marbre de l’imposant escalier sont quant à elle partiellement recouvertes par des bandes blanches. Le tout dessine une pyramide ou une flèche qui invite le visiteur à gravir les marches et le mène vers l’entrée de l’exposition. Ensuite, on est accueilli par une vidéo, conçue exprès pour l’exposition : il s’agit ici aussi d’une fresque, présentée sous la forme d’un film qui reprend toutes les oeuvres de Buren. Comme j’étais arrivée une heure avant la fermeture, on m’avait avertie que ce film durait 3 heures et qu’il valait donc mieux que je ne m’attarde pas devant. J’ai donc à peine regardé les premières images pour pouvoir profiter pleinement du coeur de l’exposition. Première frustration tout de même…

Daniel Buren : une fresque - 2

J’ai pénétré alors dans le coeur de l’exposition après avoir pris le plan et le guide du visiteur… et un erratum (j’y reviendrai) ! La première pièce porte le nom de Salle des empreintes. Il s’agit d’une très grande salle, toute en longueur, dont les murs sont recouverts par des bandes vertes de 8,7 cm de large : là le doute n’est plus permis, je suis enfin dans l’installation conçue par Buren. Mais les bandes vertes et blanches sont interrompues par des espaces laissés vides : on comprend rapidement que ce sont en fait des empreintes d’oeuvres, les oeuvres qui se trouvent justement présentées plus loin dans l’exposition. Le sol comporte lui aussi des empreintes, mais on a pas continué le système de bandes sur le parquet. Dommage … En tout cas, le dispositif est impressionnant et constitue une bonne mise en bouche.

Daniel Buren : une fresque - 3

Je continue ma visite, curieuse de voir quelles surprises nous réserve Buren. Le principe de la Salle des empreintes est repris sur tous les murs de l’exposition, mais dans chaque salle, si l’espace vide est disponible (pas dans un angle, dans un passage, dans un ouverture) l’oeuvre est présentée et comble cet espace. On découvre ainsi, au fil des cinq salles, tous les artistes chers à Buren. Sont présents, entre autres, Paul Cézanne, Henri Matisse, Pablo Picasso, Constantin Brancusi, Jackson Pollock, Fernand Léger, Marc Chagall, Sol LeWitt, Pierre Huyghe, … Buren a donc constitué un très beau panorama avec des artistes de renom et des oeuvres incontournables de l’art moderne et contemporain.

Daniel Buren : une fresque - 7   Daniel Buren : une fresque - 7

Mais les choses se gâtent lorsque l’on souhaite retrouver le nom de l’artiste ou le titre de l’oeuvre qu’on a devant les yeux. En effet, il n’y a aucun cartel. Ce choix est compréhensible puisque la présence de cartels aurait constitué une gène visuelle dans l’installation de Buren. Il faut donc se référer au guide du visiteur pour connaître les légendes des différentes pièces exposées. Ce système aurait pu très bien fonctionner si le plan de l’exposition n’était pas truffé d’erreurs ! Car plusieurs changements dans le placement des oeuvres d’art ont été fait alors que les plans étaient déjà imprimés. L’erratum compte donc pas moins de huit entrées, … autant de confusions durant la visite ! Je pense que de petits numéros placés à côté des oeuvres auraient été très utiles pour renvoyer directement à la bonne légende sur le plan. Cela aurait évité de perdre beaucoup de temps à trouver les correspondance entre la présentation des oeuvres in situ et la liste de légendes sur le plan…

Daniel Buren : une fresque - 5

Une fois sortie de l’exposition, une certaine déception m’a envahie. Certes, j’avais vu beaucoup d’oeuvres de très grande qualité, présentées selon un processus inédit et original, qui avait certes du sens au sein de la pratique de Buren, mais j’avais très peu appris de cette pratique. On nous présente une fresque des artistes qui ont inspiré Buren, mais j’aurais aimé  m’approprier davantage les différents éléments de cette fresque. J’aurais souhaité comprendre dans quelle mesure Buren s’est intéressé à tel ou tel artiste, quel rôle tel peintre a tenu dans l’élaboration de ses réflexions, comment tel sculpteur a marqué son parcours, etc. Il est dommage également que la visite se transforme en véritable jeu de piste qui peut s’avérer pesant à la longue… Mais je salue néanmoins le concept global de l’exposition, cette idée de fresque qui permet d’approcher d’une manière toute particulière le travail de Buren et de résoudre la problématique d’une rétrospective alors que 80% de ses oeuvres ont disparu.

Daniel Buren : une fresque - 6

Je suis curieuse d’avoir vos avis sur cette exposition, qu’en avez-vous pensé ?


Infos pratiques :

http://www.bozar.be/fr/activities/81379-daniel-buren

Entrée : 10 € (2€ pour les moins de 26 ans le mercredi)

Du mardi au dimanche : 10h – 18h (le jeudi : 10h – 21h)

Laisser un commentaire