La collection et la résidence Huet Repolt

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Dernièrement, j’ai eu la chance de rencontrer François Huet. Avec sa femme, Odile Repolt, il constitue depuis plusieurs années une collection d’oeuvres d’art contemporain. La passion se développant et l’envie d’apporter un soutien supplémentaire aux jeunes artistes se faisant toujours plus vifs, ils ont décidé de construire une maison au fond de leur propre jardin pour en faire un lieu de résidences, d’expositions, de discussions et de rencontres. C’est dans cette optique de partage que François Huet nous a généreusement ouvert la porte de sa maison, à moi et à quelques autres, pour nous parler de la collection Huet Repolt, de ses débuts, de son esprit. Nous avons ensuite découvert la résidence et, autour d’une tasse de thé, François Huet nous a parlé de ce projet récent et de leur première expérience comme hôtes d’une résidence d’artiste.

La collection

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Oeuvres de Mira Sanders, Transitions, 2015, et d’Elodie Huet, Aménagements intérieurs, 2016.

Depuis une vingtaine d’années, Odile Repolt et François Huet constituent une collection d’art contemporain. Leur habitation bruxelloise, à deux pas du cimetière d’Ixelles, constitue le coeur de l’exposition, le lieu où s’inscrivent leurs oeuvres in situ. Le couple fonctionne beaucoup au contact humain, à l’amitié, à la compréhension. François Huet nous explique comment cette passion a commencé.

Je viens de Dijon, et dans les années 70 c’était une ville assez morte. Il n’y avait plus de bus après 20h, il y avait peu de cinémas. Mais il y a avait cet endroit « Les Doigts dans la tête » qui était un bâtiment insolite avec une librairie au rez-de-chaussée, un lieu de rencontres, de conférences, où on y trouvait des écolos, des alter-mondialistes, des gays, … Dans la cave, on y vendait des disques, c’était moi qui m’en occupait. Et au premier étage, on y faisait des expos. On y croisait donc aussi des étudiants en art et en histoire de l’art. La plupart d’entre eux sont devenus les fondateurs du Consortium.

C’est comme ça que j’ai commencé à côtoyer des artistes qui sont devenus des amis et qui le sont toujours aujourd’hui, comme Michel Verjux et Felice Varini. Je leur faisais écouter des disques et eux me faisait visiter des expos. C’était comme ça qu’on ne déprimait pas : en se retrouvant à cet endroit là. Dans cette petite ville, c’est un peu ce qui m’a ouvert le monde parce qu’il n’y avait pas grand chose à faire. Grâce à ces artistes, je me suis fait un premier réseau.

Plus tard, après avoir obtenu un bon boulot, François Huet s’est demandé de quelle manière il pouvait rendre service à tous ces amis artistes qui l’avaient aidé. D’une certaine manière, il voulait rendre ce qu’il avait reçu. La meilleure manière de les remercier et de les soutenir est apparu alors comme une évidence : avec sa femme, il a commencé à leur acheter des oeuvres d’art.

J’ai donc commencé à acheter une oeuvre à mon plus vieux pote, Michel Verjus : une oeuvre lumineuse. Le problème, quand on a une oeuvre d’art, on a envie d’une deuxième. Et après c’est foutu… on en veut toujours d’autres.

Au début, la collection était essentiellement composée d’oeuvres in situ, des oeuvres conçues pour l’endroit où elles vont être montrées. Parce qu’Odile Repolt et François Huet voulaient vivre dedans, immergés dans ces oeuvres. Puis, le couple a commencé à diversifier leurs acquisitions car le système des oeuvres in situ a commencé à montrer ses limites, essentiellement en terme d’espace. Les collectionneurs se sont alors tournés vers des oeuvres plus petites et plus mobiles, et se sont surpris à apprécier les déplacer, les mettre en relation avec d’autres oeuvres. Ils l’ont d’ailleurs expérimenté en 2016 lors de l’exposition « 3 collectionneurs autrement » à Eté 78, où ils ont découvert de nouvelles interactions entre les oeuvres. Cette expérience leur a permis de voir leurs oeuvres différemment, de les redécouvrir et de les apprécier d’une nouvelle manière.

Je ne sais pas ce qu’être collectionneur veut dire. J’ai d’abord acheté à mes copains, puis aux copains de mes copains, à leurs assistants. Maintenant, on commence à connaitre des jeunes artistes, de la nouvelle génération, et c’est très enrichissant.

Quand ils achètent une oeuvre, François Huet et Odile Repolt ont besoin de bien connaître l’artiste. Il faut qu’ils l’aiment humainement en plus qu’artistiquement. Ils ont besoin de comprendre ce qu’il fait, de voir d’où il vient et de voir où il va. Ils passent ainsi des soirées à discuter avec des artistes, à comprendre ce qu’ils font, et ces artistes leur font en connaître d’autres. Ainsi, ils ont visité de nombreux ateliers d’artistes, de plus en plus d’expositions, rencontré d’autres collectionneurs, des galeristes, …

Je ne viens pas d’un milieu artistique donc c’est plus une histoire d’amitiés, de découvertes et d’ouverture au monde.

La résidence

A force de pratiquer de cette manière, on a trouvé que ce serait génial d’accueillir un artiste chez nous pendant deux ou trois mois. Ca s’est révélé être une super idée.

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Vincent Dulom, 12032101C130, 2012.

Au fond de leur jardin, François Huet et Odile Repolt ont donc construit il y a quelques années une maison deux façades. Ils s’en servent pour accueillir leur  famille et leurs amis, mais aussi pour y présenter des expositions. Et depuis l’année dernière, le lieu accueille une résidence d’artiste. L’objectif est d’accueillir un artiste par an, la prochaine résidence aura lieu vers janvier-février 2018.

La première résidence a duré 2 mois, de septembre à octobre 2016. On a appris en le faisant puisqu’on est complètement amateurs. J’en ai parlé un peu autour de moi pour demander quel était la durée idéale d’une résidence. On m’a d’abord parlé de deux ans : « sinon c’est pas une résidence, c’est un passage ». Mais c’était impossible de laisser la maison occupée aussi longtemps par un artiste. J’ai continué à me renseigner, auprès d’artistes parisiens notamment, qui m’ont dit que deux mois était une durée idéale. A Paris, ce qui manque aux artistes, c’est le temps et l’espace. Si on mettait à leur disposition une maison entière pendant deux mois, ils seraient probablement très contents. Cette durée à vraiment bien marché pour cette première résidence. D’ailleurs, c’est un artiste japonais mais habitant à Paris qui est venu en résidence, Keita Mori.

La sélection de l’artiste qui bénéficie de la résidence se fait de manière classique, par évaluation de dossiers. Le couple de collectionneurs a formé dans ce but un comité de sélection, constitué d’autres collectionneurs, des chercheurs, d’enseignants et d’artistes.

On ne voulait pas décider tout seul pour ne pas s’enfermer dans ce qu’on aime et ce qu’on connaît déjà.

En plus d’être un atelier de création, la résidence est aussi un lieu de rencontres et de discussion pour l’artiste. Les différents événements organisés en relation avec la résidence permettent de lui offrir une certaine visibilité, précieuse pour les jeunes artistes.

Collection et résidence Huet Repolt - 3On a décidé de ne pas demander à ce qu’il y ait une exposition à la fin de la résidence. On s’est dit que sur deux mois de résidence, si on demandait une exposition pour clôturer la résidence, cela allait créer chez l’artiste une certaine pression de production. Ce n’était pas le but. Tout ce qu’on a demandé, c’est une trace du passage de l’artiste à placer dans une boîte : croquis, notes, factures … Un peu à la Andy Warhol qui faisait une boîte chaque jour et qui la scellait. Il y mettait ses notes de restaurant du jour, ses factures, ses tickets de caisse, ses tickets de cinéma, …

 

En accord avec Keita Mori, une journée portes ouvertes a été organisée pour le finissage de la résidence. Cela a permis de voir ce que l’artiste avait produit en deux mois. Avant son départ, Keita Mori aurait fait part de son enthousiasme : lors de ces deux mois, il avait vraiment pu se consacrer pleinement à sa carrière et à son travail car il n’avait pas de distractions. Les rencontres effectuées lors cette résidence lui auraient d’ailleurs permis de décrocher plusieurs expositions.

Cette première résidence fut vraiment une expérience très riche. Et nous avons eu une belle surprise en soulevant le couvercle de la boite que Keita Mori nous avait laissée : il y avait déposé une oeuvre, créé aux dimensions de la boîte.


Pour en savoir plus :

Le site de la résidence Huet Repolt

Le site de Keita Mori

Légende photo de couverture : Mira Sanders

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